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La chute de l'esprit

Le Mystère de l'Homme Vert (Khidr)

7 Janvier 2015, 07:45am

La figure de l'homme vert est sans doute la figure la plus intemporelle qui soit, et que l'on retrouve tout au long de l'histoire de l'humanité, connue et identifiée par maintes cultures et traditions dans le monde. Elle nous ramène aux temps les plus primordiaux, ceux de la 'religion primitive' dans laquelle la relation au Divin ne pouvait se concevoir en dehors des forces sauvages de la nature, relation enracinée, en conscience des énergies cosmo-tellurique terrestres. Ces traditions que la Modernité et les théologies classiques ont définitivement rangées au niveau des objets historiques obsolescents, ignorant en cela la Loi intemporelle des cycles, de l'éloignement et du retour. En effet les diverses traditions eschatologiques nous confirment le retour de cette figure et son archétype au moment de l'effondrement du Cycle actuel, définissant l'arrivée d'un nouveau paradigme mondial. L'Homme vert (ou Khidr, le Verdoyant) est toujours présent au début des Cycles, comme le bourgeon au début du printemps après le rude Hiver.

Il incarne la figure de l'initiateur, celui initiant à un nouveau Cycle, mais initiant aussi les hommes à la sagesse ancestrale révélée, afin de les y faire survivre. Lui même n'est-il pas un survivant, ayant traversé les âges immémoriaux comme le confirme les nombreux récits ? Dans la même veine il est perçu comme le maître intérieur, le guide des secrets spirituels, les plus subtils. On le retrouve comme maître personnel, n'initiant non pas un peuple ou une communauté entière à la différence des missions prophétiques et de la tradition Abrahamique, mais un homme privilégié : l'un des hommes Justes (sâdiqin), un 'Saint' (c'est à dire un individu bénéficiant de "charismes") ou un Héros des temps épiques (ceux dont le Seigneur a 'renforcé la puissance sur Terre' en ces temps). La voie par laquelle sa science se diffuse n'est donc pas la voie classique connue à travers la tradition prophétique, et le Verdoyant n'est ni prophète, ni un messager angélique, mais possède un statut intermédiaire et spéciale.

Il intervient au moment où la prophétie est vacante, ou absente. Dans le cas de sa rencontre avec Moïse relatée dans la sourate Al Kahf, il intervient au moment où Moïse fut abandonné par les Hébreux suite à la brisure des Tables de la Loi... Et donc la mission prophétique étant laissée vacante, le Khidr entre en action selon la sagesse du Créateur, et cela fait partie du plan et de son secret. En effet, c'est en regard de cette règle qu'il révélera une sagesse liée à la ruse divine, nous indiquant que là où une injustice se commet, il peut en réalité se trouver derrière les apparences, une ruse du Créateur, prévue dans son plan et sa Loi. Les fins de Cycles étant celle des grands bouleversements, l'on comprend pourquoi l'archétype du Verdoyant y est vu comme salutaire, dans la mesure où il appelle à relativiser nos perceptions face aux injustices dont nous serions témoins, voir victimes. Ces mêmes injustices rendant l'homme faible psychiquement et pouvant le mener à la folie et au désespoir (tout comme Moïse a dû tomber en une grande tristesse suite à la trahison de sa propre communauté), mais face auxquelles le Verdoyant fait office de libérateur et de révélateur.

Nombre de Civilisations que la modernité qualifiera de 'barbares', 'païennes' ou 'd'arriérées' eurent comme initiateur ce même Verdoyant (notamment sous les hypostases du Wõdan germano-scandinave, du Cernunnos Celto-gaulois etc...), ainsi derrière des pratiques jugées aujourd'hui immorales, se trouve en réalité une sagesse ancestrale, et diffusée à travers les millénaires. Le Khidr se situe toujours en dehors des communautés, et en dehors des préjugés. Ces communautés conditionnées par les mœurs et l'éthique toujours dépendants des Cycles historiques particuliers, sa perception nous mène ainsi au delà de ces contingences humaines et historiques. le Verdoyant est en dehors de toute Histoire, c'est à dire de toute perception linéaire du temps, sa réalité se situe dans le Cycle lui même, et sa 'Courbe'. Le parcours du Verdoyant commence là ou la linéarité et la dualité prennent fin, définissant une troisième voie. Non pas qu'il soit au delà de la notion 'du bien et du mal' dans l'absolu, mais au-delà de la perspective dualiste de cette notion. Autre raison qui nous ramène une nouvelle fois au principe du 'survivant', car la tension dualiste est ce qui mène à la mort, surtout lors des effondrements de Cycle, car c'est là que la tension y est la plus vive (afin de précipiter la chute de façon exponentielle). Un 'survivaliste' sous tension dualiste est donc un homme déjà mort selon la Loi du créateur, d'ailleurs le fait même qu'il se détermine de la sorte implique qu'il en subit probablement le joug. Il faut donc reconnaître que ce qui aura permis à nos ancêtres de survivre dans des conditions hostiles est avant tout leur connaissance du 'principe vitale', lié lui même à la Loi du Tetralogos universel (comme nous l'avions déjà indiqué), et tout ceci se trouve directement lié à la fonction du Khidr. Voilà pourquoi ces peuples se choisissaient comme chefs ou guides ceux qui parmi eux avaient le contact privilégié avec ce 'maître intemporel'. Quant à Moïse la Loi du Tetralogos lui fut révélée directement sans intermédiaire, mais la science du Khidr, à sa façon, allait encore plus loin : il faut être apte à saisir ce que cela peut représenter ..!

L'archétype du Verdoyant appelle donc à une pacification des tensions, à travers une stratégie et une ruse particulière. Avec lui le retour à la paix passe par le retour aux sources, et à la Nature. Ainsi c'est au confluent des deux mers et prés d'un rocher que Moïse le retrouvera. la limite de deux eaux nous indiquant le passage d'un monde à l'autre, et la capacité à voyager de façon spirituelle (voyage initiatique), le rocher représentant le Fondement du monde, sa racine primordiale, inébranlable, mais aussi sauvage et mystérieuse - Est-ce à la suite de l'initiation du Khidr que Moïse bénéficia de ses 'deux cornes' qui représentent clairement l'acquisition d'un charisme spécifique ? en tout cas la succession opportune du récit sur Khidr et Moïse avec celui de Dhul Qarnain, 'l'homme aux deux cornes', nous en fournit un indice intéressant -. Le Voyage sera initiatique, subtile, et reposant sur les démonstrations pratiques ('expérienciation'), mais surtout les chocs successifs (événements choquants, épreuves difficiles). C'est la méthode du maître 'Hardcore' (dur de coeur), en apparence seulement, apprentissage par les 'coups', définissant une dynamique de virilité dans l'initiation. Il ne s'agit pas là d'une balade dans un pré verdoyant accompagné des 'guides de lumières' comme le conçoit le 'New age', c'est bien tout l'opposé dont il s'agit avec le Khidr, l'Homme Vert. C'est pourtant bien le seul à pouvoir nous faire survivre au sein des convulsions cycliques, de la même manière qu'il a aidé à faire survivre nos ancêtres dans les conditions extrêmement difficiles des temps primordiaux, définissant une valeur morale parfaitement étrangère aux illusions du confort moderne et éphémère. L'enjeu renouvelé de la survie face aux tumultes du monde déplacerait effectivement les bornes de la morale commune, et permettrait d'expérimenter les phénomènes auxquels notre ancestralité aura été confrontée.

La science du Verdoyant c'est la lumière surgissant de l'obscurité, loin des apparences et des facilités, à l'image de la flamme verte du creuset des anciens alchimistes, la couleur indiquant la transmutation de leur matière première. L'initiateur de la purification par le feu. A ce titre on ne s'étonnera pas d'avoir vu sa figure confondue avec celle du Diable (à Dieu ne plaise) dans les légendes européennes tardives, du fait des superstitions et du manque de discernement populaire. Quand le rôle du shaytan, celui qui égare des sentiers seigneuriaux, est au contraire de nous faire manquer le rendez-vous avec le Khidr, comme cela est relaté dans le récit de Moïse ('seul le shaytan me l'aura fait oublier'). En fait le verdoyant serait même l'anti-thése parfaite du shaytan, le seul à même de 'l'annuler', à la façon de l'image et son négatif. Nous retrouvons bien là cette science de la distinction du bien et du mal au delà des 'apparences illusoires' - illusions symbolisées par le poisson par ailleurs - et donc du temps où la lumière paraîtra obscure, et l'obscurité lumineuse, dans un jeu de dédoublement déroutant, là se situera l'épreuve de la sagesse. La flamme du Verdoyant est bel et bien celle qui purifie par l'épreuve du feu spirituel. Et cela nous amène au degrés des théophanies, des apparitions (Zuhr) divines fulgurantes : le Feu du Buisson ardent, l'Apparition angélique, les porteurs de la flamme, la Chekhina, l'ascension d'Elie et toute les manifestations mystiques par lesquelles la Divinité aura jugé bon de se révéler aux Hommes, selon le Lieu et l'époque à laquelle 'j'apparais'... 'je serais ce que je serais' (Eyeh Asher Eyeh). et le mot Asher nous ramenant bien à la notion du Feu par lequel l'apparition se réalise, quand cette dernière se réalise. Le Verdoyant est le résumé individué de la théophanie universelle, une épiphanie de la théophanie, et le Seigneur des univers s'est révélé à maints peuples à travers son Serviteur, cet 'agent très spécial'. Voilà pourquoi tant de peuples l'ont confondu avec leur propre déité, bien qu'il ne fut qu'un agent, un canal, une voie d’accès vers la Divinité unique.

'L'homme Vert' incarne la force végétative, d'abord en sommeil, puis ascensionnant de manière silencieuse et subtile tel une racine, obscure pour le monde du dehors. Et voilà qu'aujourd'hui il fait sa réapparition dans le Cycle en cours, à travers la référence de la sourate al Kahf notamment, qui détient les clefs et jalons de toute l'eschatologie, ou encore (indirectement) à travers des figures comme le Mahdi ou le Grand Monarque. Mais même au delà de ceci, c'est l'époque entière et son paradigme en mutation qui est imprégnée de la présence de son archétype. Il est donc temps de réapprendre la patience nécessaire au voyage initiant du Verdoyant, car il est le seul possédant les clefs de la survivance, et du pas-sage d'un Cycle à un autre cycle (en cela on le retrouve associé au Dhul Qarnain, l'Homme des deux époques/Cycles), en résistant à l'extrême tension durant ce voyage particulier.

Rappelons que cette attente du Verdoyant était déjà palpable dans de nombreuses traditions historiques, comme l'ultime espoir chez les celtes disparaissant, dont les druides prophétisaient le 'chêne dont le rameau reverdira' à nouveau pour le prochain Cycle, ou encore la monarchie européenne déclinante attendant le retour d'un Roi à la 'barbe fleurie' comme ultime sauveur. On retrouvera toujours les attributs du verdoyant, le rameaux refleurissant, les bois du Cerf, indiquant le retour éternel des cycles de la nature, le retour de la vivification après la mortification; la Corne et le rocher comme attache à l'ancestralité, à ce qui demeure, et ne change pas quand bien même il serait obscurci par l'usage du temps; le puit et les sources, qui nous ramènent à la science universelle des lois de la création, à sa fonction revivifiante et rafraichissante, indiquant qu'une source est à la fois originelle, cachée et profonde (associée au Fondement du monde). L'Eau purificatrice étant aussi le canal permettant le passage d'un monde à l'autre.

Alors... Où se situe le maître du Cycle actuel ? Celui qui détient les clefs de compréhension, la science pénétrante de Toute l'époque en cours... tout nous indique depuis toujours, que c'est du coté du Verdoyant, le Khidr, l'Homme vert, qu'il nous faut le trouver. Mais comme à son habitude, il échappe à celui qui le cherche, sa science se manifeste sans que l'on s'en aperçoive, et celui qui a été initié ne sait pas qui a été son maître...

 

 

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Le Mystère de l'Homme Vert (Khidr)

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JC-van-Dale 30/07/2017 10:16

Robin des Bois, peut-être une des allégories du "Verdoyant".
Jules Verne et son "Rayon Vert", sans aucun doute.
Cordialement.

Alexandre HArhash 30/07/2017 21:50

Robin des Bois ou Robin Hood, Robin au capuchon, est clairement doté d'attributs "Mercuriens" dans le récit, sa légende s'inspire certainement de celles (récurrentes) ayant trait à "l'homme vert" au sein de la tradition européenne et notamment celtique.
La couleur verte du rayon solaire, comme celle de la "flamme verte", qui manifeste le passage d'un état de mort spirituelle, à celui de re-naissance, soit un changement d'état, et à la transmutation organique et/ou psychique...